Bon, déjà, moi, ça m'emmerde. J'ai pas fait des études pour qu'un gros beauf tellement nécessiteux qu'il est obligé de se farcir des enterrements de vie de garçons tous les week-ends pour pouvoir se payer Canal + me tutoie. On n'a pas gardé les moutons ensemble, et je me méfie naturellement des gens plus musclés que moi qui me parle sans déférence, j'ai toujours l'impression qu'on va essayer de me soutirer de l'argent. Ce qui est le cas, mais j'y reviendrai plus tard.
Donc voilà, les deux moniteurs cools (Jean-Bob et Dylan, les appellerons-nous) nous accueillent avec force sourires, bronzages et attitude cool. A noter qu'être diplômé n'apprend pas à compter, étant donné qu'ils ont forcément pas ramené assez de matériel (et en plus, ils invoquent le prétexte insidieux qu'on leur a dit qu'on serait 18. Comme si ça pouvait pas se prévoir. Enfin bon). Ces deux messieurs, bien conscients de leur infériorité dans la vie de tous les jours, vont cependant avoir le pouvoir (ils sont le seul capitaine du navire dans le canyon, autant il est vrai qu'ils sont les seuls à avoir du matos et à savoir par où il faut passer) sur nous pendant deux-trois heures. Et ils vont bien en profiter.
Et c'est là que commence l'humiliation. Afin d'être sûr de nous rabaisser, ils nous proposent de nous habiller dans des combinaisons de néoprène. Soi-disant que c'est nécessaire pour aller dans de l'eau à 11°. Quand on vous dit combinaison de Néoprène, on pense en général surfer, X-Men, nageurs professionnels, etc...
Rappel : l'eau est à 11°. C'est froid. Plutôt que de te filer une combinaison qui te protège de l'eau et te tient chaud, les gars ont pensé à un truc vachement marrant : une combinaison prévue pour qu'un mince filet d'eau puisse passer sous la combinaison, afin que tu puisses ressentir environ toutes les 5 minutes la super sensation d'avoir un filet d'eau très très froide qui te coule sur le ventre ou dans le dos. Que du bonheur. Et donc, on commence par 15 minutes à s'habituer à cette subtile sensation. C'est là que les premières envies de meurtre se font sentir. Mais habilement, le départ est sonné à ce moment (ben ouais, une fois qu'on sera dans le canyon, on pourra plus les buter, vu qu'ils ont notre vie entre leur main).
Et c'est là que commence le canyoning proprement dit, qui est une activité qui consiste à revenir en arrière de plusieurs millénaires dans l'évolution : oublier l'intelligence de l'homme qui a construit routes, voitures, ponts et autres pour pas avoir à se faire chier à aller se perdre dans des coins pourris, pour aller ramper, nager, sauter et autres dans des endroits faits pour être inaccessibles. Nous avons donc le rappel (descente au bout des cordes, en priant pour que le baudrier tienne et que le mec cruel d'au dessus ne nous pisse pas dessus), les sauts (sauter d'un caillou de 5m pour tomber dans une eau dont on ne sait pas si elle est profonde ou pas, reposant uniquement sur les conseils du mec qui vous a déguisé en clown et fait couler de la glace pilée dans le dos toutes les 5 minutes), des toboggans (ceux que les gamins de 5 adorent, mais en moins longs) et enfin des grottes effilées.
A noter que si vous êtes dans un week-end à 20 entre couilles, il y a de fortes chances que vous ayez picolés comme des sales la veille. Voire que vous n'ayez pas mangé le matin, vu que vous étiez encore occupés à savoir si vous alliez digérer. Ben c'est bien fait pour votre gueule, vous allez en chier encore plus. Si ce n'est que l'eau froide vous fera l'effet d'un réveil au clairon. Toutes les 5 minutes (oui, je sais, j'insiste). Tout ceci sans compter Jean-Jacques, votre gros copain bedonnant qui se trainera devant vous quand il faudra passer vite, qui vous sautera à moitié dessus à chaque rappel et saut, et qui manquera de vous faire périr dans d'atroces souffrances à chaque fois qu'il causera un tsunami.
Et là, les moniteurs d'escalade qui continuent à bien se foutre de votre gueule ("ah, t'as l'air en forme, t'es allé beaucoup plus vite que les mecs qu'on a d'habitude". Ah ben je sais pas qui sont les marsouins apathiques que vous emmenez en général, mais j'ai pas trop envie de savoir), ils vous font sortir de l'eau, jusqu'aux voitures que vous aviez posées.
Jusqu'aux voitures? Noooon. On va tout de même pas se garer près de l'eau. Donc c'est parti pour une balade de 10 minutes avec le matos sur soi, toujours (casques, baudriers, au cas où on se ferait attaquer par des orangs-outangs) avec deux choix : soit ne pas l'enlever. Et péter de chaud, encore (avec juste le bref bonheur de plus se faire jeter des bouts d'hélium liquide sur le dos). Soit l'enlever. Enfin, quand je dis l'enlever, c'est plutôt essayer. Le Néoprène, en plus d'être très moulant, seyant et chaud, et en plus très moulant, seyant et impossible à enlever. Donc vous avez réellement le choix de galérer 15 minutes à essayer d'enlever péniblement une manche pour finir par rejoindre les autres quand même, avec juste une manche à moitié enlevée, rajoutant ainsi l'inconfort au pétage de chaud.
Et donc voilà. J'avoue que finalement, la partouze, c'est un bon choix. Même avec Jean-Jacques.






