Mais bon, jusqu'à maintenant, vu que le public de ce genre de films était restreint aux nostalgiques des années 1920, ça me dérangeait pas trop. Mais un réalisateur avant-gardiste à la pointe du futur, j'ai nommé Hazanavicius (qui a plutôt un nom à faire du basket, mais bon), après l'adaptation de la série OSS 117 (là aussi on est dans la modernité) s'est dit qu'il allait refaire un film muet, comme ça, pour voir. Et ça permet de faire des économies sur les preneurs de son.
The Artist
Réalisateur : Michel Hazanavicius
Acteurs : Jean Dujardin
Bérénice Béjo
L'histoire se passe dans des temps immémoriaux, aux alentours des années 1928, 1929 (ça aura d'ailleurs son importance dans l'histoire, mais bon, je vais pas tout vous spoiler maintenant, non plus, hein), un truc dans le genre. Un acteur super connu et super fort, grande star multinationale du cinéma, sorte de Nicolas Cage des temps anciens se la raconte, tranquille. C'est Jean Dujardin. Autant dire que ça nous change de le voir en arrogant légèrement teinté d'imbecillité tout sourire, et qu'on voit que l'acteur se diversifie merveilleusement bien après Brice de Nice et OSS, vu que maintenant, il ne parle plus. Enfin, il parle mais on l'entend plus. Mais foin de digressions, l'acteur est ici, égocentrique, et content. Quitte à faire passer son chien fidèle (que nous appellerons Milou en référence à un autre film que j'ai pas été voir, mais que je suis sûr que ça aurait fait une bonne tribune ici) devant sa femme. Pour le public, je veux dire, hein, pas dans sa vie privée qui ne concerne que lui, comme je vous vois venir, bande de vous. Saaale.
Enfin bon, il tombe malencontreusement sur une jeune fan, un peu simplette et tout exubérante, qui rêve de devenir actrice. Et grâce à deux trois rencontres fort truites*, elle finit par décrocher des rôles dans la même boite de productions que le monsieur sus-pas nommé, et ce d'ailleurs un peu grâce à lui, vu qu'il la pistonne violemment.
On remarquera la grosse vanne en haut à droite. Huhuhu.
Elle deviendra même, au fur et à mesure, une star des nouveaux films, les films parlants, tandis que l'ancienne star se voit reléguer d'office au rang de gros has-been tout pourri, et décide donc de quitter la boite de productions pour financer lui-même son film muet, car les gens veulent voir des vrais acteurs, et pas des singes parlants. Ce qui est d'autant plus super ironique de la mort que cette histoire est faite dans un film muet. Je vois pas si vous situez la profondeur du truc, mais elle est en gros entre le verre d'eau et la mare à canard du jardin de mon grand père. Mais bon, pourquoi se donner du mal sur le scénario, vu que les gens vont de toutes façons crier au génie, vu que c'est en noir et blanc, et muet. Mais j'anticipe.
Le spoil
En fait, je viens de me faire une remarque personnelle à moi-même : j'ai l'impression de faire des spoils complètement inutiles, car la majeure partie des films dont je parle ici ont des fins ultra prévisibles (enfin, j'exagère un peu, des fois, y a tellement peu d'histoire qu'on aurait bien l'air con si on devait deviner une fin), et ce film ne va pas faire exception à la règle.
Donc le mec réalise un film, qui est bien entendu un gros bide, et ce juste au moment où la crise de 1929 se déclare. Donc notre héros est ruiné, et parallèlement, l'héroïne devient la nouvelle star hollywoodienne, mais continue à éprouver une admiration sans faille (teintée d'amour, on aurait envie de dire) pour le Hazbine. Au point de racheter ses meubles (sans lui dire) aux ventes en enchères, et de rembaucher son vieux majordome/chauffeur/cuisinier.
Elle se retrouve donc avec l'intégralité de la vie du héros dans sa grande villa pendant que le héros (qui aurait bien entendu été trop orgueilleux pour demander de l'aide) sombre doucement dans l'alcool.
A un moment, il pète gentiment un câble, et brûle toutes les bobines de cinéma qu'il a chez lui, avant de se rendre compte de sa folie, et de s'évanouir avec une bobine entre les bras, pendant que le feu brûle.
Milou le sauve en allant chercher la police, et en profite pour refaire la peinture et aller chercher le journal. Le héros se retrouve donc à l'hôpital où l'héroïne va le chercher, et le ramène chez lui pour sa convalescence.
C'est marrant comme un acteur des 20's sur le déclin peut ressembler à un ouvrier portugais.
Les héros se rapprochent donc dangereusement, et seraient même sur le point d'arriver à une conclusion heureuse, vu que la fille a même réussi à lui décrocher un gros rôle dans son prochain film. Trop facile, se dit-on, il va y avoir embrouille. Et tiens, la meuf, elle aurait pas une aile entière de sa baraque remplie de meubles à lui? Ah ben il va les trouver et se vexer, non?
Bingo.
Et du coup, vu que c'est un mec raisonné qui over-react pas du tout, il rentre dans sa maison brûlée (mais qui le vit assez bien, a priori) pour chercher son flingue et se buter. Heureusement, l'héroïne, qui avait tout deviné aplatit sa voiture contre un platane devant chez lui, et arrive à tant pour le sauver.
Et même si personne ne veut voir notre héros parler dans un film, ils trouvent une solution, ils danseront des claquettes.
Et le happy end est donc une merveilleuse session de claquette. Avec du son, parce qu'on est grand prince. Classe, non?
L'avis
Il y a certains avantages à voir un film muet. Au lieu d'avoir des silences pesants des films français habituels, on a de la musique. Au lieu d'avoir des bruits et des explosions de films américains, on a de la musique. Et surtout, les dialogues sont généralement beaucoup moins pesants. De plus, on peut se permettre beaucoup plus de gros clichés, vu que le style old school est totalement assumé.
Donc, là, le réalisateur en a profité à mort, et a fait du cliché la base du film.C'est marrant, surtout quand on aime bien le kitsch comme moi.
lalala, lalalala
Après, là aussi de façon totalement assumée, les acteurs surjouent à mort. Bien forcés, parce que sinon, c'est un peu plus dur pour savoir ce qu'ils pensent, vu qu'on a pas les sons. Mais bon, on est aussi assez content de pas entendre parler certains acteurs, qui ont l'air assez nuls.
Donc en fait, l'histoire est nulle, les acteurs surjouent, mais l'ambiance est telle qu'en fait, le film est assez plaisant, et qu'on passe un agréable moment au début du XXe siècle.
Donc pour changer de d'habitude, je vais dire que j'ai bien aimé un film, et ça me fait un peu mal au cul, mais bon.
Mais qu'on soit bien clairs, hein : tout le monde a crié au génie... Si le génie, c'est de refaire 70 ans plus tard une accumulation de tous les clichés du genre, il y a beaucoup de génie dans le domaine de la littérature fantastique. C'est bien, mais ça mérite pas non plus tout ce qu'on en a dit. Mais bon, vu que la plupart des journalistes et critiques notent en binaire, forcément...
Brèves inintéressantes
. Le meilleur acteur du film reste Milou.
. A voir Dujardin accumuler les films avec Bérénice Béjo, on se demande quand il va larguer Lamy pour elle.
. C'est marrant de voir Goodman jouer dans un film français. En même temps, ses dialogues étaient faciles.
. Il y a un discret clin d’œil à Marilyn Monroe avec un grain de beauté factice, mais discret, hein.
. On remarquera qu'une fois qu'il a raté son dernier film, l'acteur star n'essaie pas une seconde de trouver un autre rôle ou un vrai taf, il préfère devenir alcoolique. Feignant d'assisté.
. Ah oui, j'en ai pas parlé, mais il est marié, l'acteur au début, à la meuf qui a décroché le rôle le plus insipide de l'histoire du cinéma, mais après, elle le quitte. Voilà voilà.
. La mode de la moustache, c'est quand même une bonne chose que ce soit fini. Même s'il aura fallu Pétain et Hitler pour en arriver là. Et même si les rugbymen essaient péniblement de la remettre à jour.
. Pour ceux qui ont vu Inglorious Basterds, je pense pas qu'ils utilisaient les mêmes bobines en France que dans ce film. Là, l'incendie à base de bobines, il s'allume péniblement en un quart d'heure, brûle quelques endroits vite fait et ne s'étend pas. Un incendie assez courtois en quelques sortes.
. On m'avait vendu un film muet, et y a du son deux fois dans le film. Même pas capables d'aller au bout de leur concept, ces fiottes.
* C'est mon blog, je fais des jeux de mots pourris si je veux, non mais ho.












